« La guerre est antichrétienne ». L’archimandrite russe Spiridon (Kisljakov) durant la Première Guerre mondiale – Serge MODEL

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Article publié dans la revue Istina, 2025/3-4.
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Description

Résumé : Grande figure spirituelle russe, l’archimandrite Spiridon Kisljakov (1875-1930) est aumônier des armées durant la Première Guerre mondiale. Il dénonce la guerre comme contraire aux valeurs chrétiennes. Rejetant la soumission de l’Église à l’État, il rêve d’une fraternité chrétienne universelle. Ses écrits restent d’une grande actualité.

Abstract : Archimandrite Spiridon Kisljakov (1875-1930), a major Russian spiritual figure, was a military chaplain during World War I. He denounced war as contradictory to Christian values. Rejecting the subordination of the Church to the State, he dreamt of a universal Christian brotherhood. His writings remain highly relevant today.

Auteur : Diplômé en théologie orthodoxe de l’Institut Saint-Serge et docteur en sciences politiques et sociales de l’Université catholique de Louvain, le père Serge Model est spécialiste de l’Église orthodoxe russe. Il a notamment publié Monseigneur Basile Krivocheine. Un pionnier du renouveau patristique dans l’Église orthodoxe (Cerf, 2020).

Extrait de l’article : Selon Spiridon, l’empereur romain Constantin (ive siècle) et ses successeurs ont trahi le message de paix et d’amour du Christ au profit de desseins de puissance et de conquête. Spiridon rejette donc la prédication belliciste de l’Église et son assujettissement à l’État. Ce faisant, il s’inscrit dans un courant minoritaire mais bien ancré dans la tradition orthodoxe : celui de la non-violence, de la kénose, voire d’un certain anarchisme ou antiétatisme. Cette tendance qui remonte à Constantinople – saint Syméon le Nouveau Théologien (xie s.) qualifiait l’empereur byzantin de « prince de ce monde » – traverse toute l’histoire russe. On peut la déceler chez les saints princes Boris et Gleb, qui refusèrent de se défendre face à leur frère meurtrier (xie s.), chez les moines non-possédants rassemblés autour de saint Nil de la Sora (xve s.), chez les « fols-en-Christ » tel celui qui offrit de la viande crue à Ivan le Terrible pour dénoncer le massacre de Novgorod (xvie s.), chez des figures mystiques comme saint Séraphim de Sarov qui ne résista pas aux brigands venus l’agresser (xviiie s.), chez les pèlerins et vagabonds russes ou encore chez les startsy d’Optino (xixe s.). Certes, le père Spiridon ne cite pas ces prédécesseurs, préférant réfléchir par lui-même en se fondant sur les Écritures. Néanmoins, sa pensée s’inscrit dans cette lignée d’un christianisme centré sur un Christ souffrant, humble, plus « serviteur » que « Seigneur », et d’une Église qui embrasse la fragilité plutôt que la puissance (deržava).

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