Avant que de nouveaux attentats ne viennent faire la « une » des médias et alimenter la peur en Europe occidentale, ces mêmes médias avaient titré sur les conséquences économiques inquiétantes du référendum par lequel les citoyens britanniques décidaient de mettre fin à quarante-trois années d’appartenance à l’Union européenne. Dans ce contexte, deux événements importants pour le rapprochement de chrétiens divisés passèrent presque inaperçus : le voyage du pape François en Arménie du 24 au 26 juin, dont ce numéro veut rendre compte, et la réunion en Crète du « saint et grand Concile orthodoxe », du 18 au 26 juin 2016.

Alors que la visite du Premier ministre de Grèce Alexis Tsipras conjointement avec le pape François, le Patriarche Bartholomée et l’archevêque Jérôme d’Athènes, le 16 Avril, à l’île de Lesbos, avait manifesté la volonté d’Églises d’agir ensemble pour plus de justice sociale, la rencontre conciliaire de Crète a pu sonner comme une désillusion. Outre le fait que les patriarcats d’Antioche, de Russie, de Bulgarie et de Géorgie avaient fait le choix diversement analysé d’être absentes, cette rencontre était certes déjà affectée par l’incapacité antérieure des primats de se mettre d’accord sur les questions les plus problématiques, qui ne se trouvaient pas à l’ordre du jour. Malgré tout l’assemblée a eu lieu, et les autres chrétiens ne peuvent que se réjouir de la tenue de cette rencontre longuement préparée dont la portée dépendra surtout de sa réception future, comme plusieurs participants l’ont souligné.

Certes le document approuvé sur « les relations de l’Orthodoxie avec le monde chrétien » réaffirme que la communion des Églises orthodoxes locales est l’Église de Jésus-Christ (§ 1 et 6 ; également l’Encyclique n° 3) et il relativise l’appellation des autres communions comme « Églises » (§ 6) tout en pointant leur éloignement de la foi apostolique (§ 21). Mais il est tout autant important de reconnaître que ce même document souligne à plusieurs reprises la nécessité pour ces Églises de participer au mouvement œcuménique (§ 4 à 7 et 16-17, 23 ; également l’Encyclique n° 20) et qu’il fustige l’attitude négative des groupes les plus réfractaires (§ 22). Il convient aussi de remarquer qu’il affirme la nécessité d’un témoignage commun de tous les chrétiens (§ 23) dans un contexte mondial en pleine mutation y compris pour le mouvement œcuménique (§ 24).

Reste que l’absence de plusieurs Églises orthodoxes locales à la réunion de Crète et les déclarations personnelles de participants sur leur refus de signer certains textes ont mis à mal l’unité de l’Orthodoxie de tradition byzantine, comme l’avaient déjà fait le départ des Églises de Géorgie et de Bulgarie du Conseil œcuménique des Églises et celui de l’Église russe du dialogue catholique-orthodoxe, puis son rejet du document dit de Ravenne. Il est significatif à cet égard qu’après avoir consacré plusieurs paragraphes aux conditions de retrait d’une Église de dialogues menées en commun (§ 9 à 11), ce texte de la réunion de Crète reconnaisse que « l’unité existant au sein de l’Église orthodoxe doit être révélée et se manifester également dans le cadre de ces dialogues » (§ 13). Dans cette perspective, on ne peut que s’inquiéter du surgissement de nouveaux débats sur la situation politique et ecclésiale en Ukraine qui rendent plus complexe la manifestation de cette unité et la poursuite du dialogue avec d’autres Églises, notamment avec l’Église catholique à cause de la question « uniate ». Loin de nous décourager et de nous pousser à conclure trop rapidement à une « sortie » du mouvement œcuménique de quelques uns de ses protagonistes historiques, ces difficultés doivent au contraire stimuler notre travail pour l’unité.

Dans ce contexte difficile, nous pouvons au moins prêter attention à la publication du rapport « “N’éteignez pas l’Esprit” – Les charismes dans la vie et dans la mission de l’Église » de la sixième phase (2011-2015) d’un dialogue entre catholiques et pentecôtistes antérieur à celui réunissant catholiques et orthodoxes. Même si les « pentecôtistes classiques » ne représentent qu’une partie du protestantisme évangélique, deuxième « force » du christianisme mondial avec plus de six cents millions de fidèles, leur ouverture au dialogue constitue bien désormais le grand enjeu des relations entre les chrétiens et de leur témoignage commun.

Istina